Au fil des années, la question de l’attribution des marchés publics en République démocratique du Congo suscite de plus en plus d’interrogations. Une enquête menée par notre rédaction met en lumière une tendance préoccupante : une forte présence d’entreprises étrangères, notamment d’origine libanaise et indienne, dans l’obtention de marchés publics.
Selon les constats recueillis au cours de cette enquête couvrant les quinze dernières années, ces entreprises remporteraient une large majorité des contrats publics, estimée à près de 80 %, contre seulement 20 % pour les entreprises congolaises et autres nationalités. Cette situation est observable dans plusieurs secteurs clés, notamment la construction, la fourniture de matériaux, les équipements et les véhicules.
Ce déséquilibre soulève des inquiétudes quant à la compétitivité des entreprises locales, souvent reléguées à des marchés de moindre envergure. Plusieurs acteurs économiques congolais dénoncent un système qui ne leur permettrait pas de rivaliser à armes égales.
Parmi les explications avancées par certains observateurs figurent des pratiques de corruption, notamment le paiement de pots-de-vin ou de rétrocommissions, qui permettraient à certaines entreprises de bénéficier d’un avantage décisif lors de l’attribution des marchés. Bien que ces accusations soient difficiles à prouver de manière systématique, elles reviennent de manière récurrente dans les témoignages recueillis.
D’autres critiques portent sur la lenteur d’exécution de certains projets, malgré l’attribution répétée de marchés aux mêmes entreprises. Paradoxalement, ces dernières bénéficieraient également de délais de paiement plus rapides que leurs concurrents, ce qui renforce leur position dominante sur le marché.
Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à une réforme en profondeur du système de passation des marchés publics en RDC. Elles plaident notamment pour un renforcement des mécanismes de contrôle, plus de transparence dans les procédures et une meilleure promotion des entreprises locales.
L’État congolais est ainsi invité à jouer pleinement son rôle de régulateur afin de garantir une concurrence équitable et de favoriser l’émergence d’un tissu économique national solide.
Notre rédaction poursuivra ses investigations sur ce dossier afin d’apporter davantage de lumière sur les mécanismes d’attribution des marchés publics en RDC.
LE TONNERRE